Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 25 novembre 2008

75011

En fin d'après-midi, je sentais qu'il était sage de sortir faire un tour plutôt que de rester taper mes petits papiers, laisser tourner en rond une image, des impressions qui ne mènent à rien. En sortant de l'ascenseur, je suis tombée sur la voisine du dessous. Aimable, j'échange quelques mots. Erreur. Elle m'a tenue la jambe pendant vingt minutes. Gentille mais curieuse, trop.  Me méfie d'elle. Elle a quand même réussi à me placer que ma nuit avec R l'avait visiblement dérangée, que ma musique dérangeait son fils de trente-huit ans encore chez maman et que ce ne serait pas du luxe de mettre de la moquette dans mon salon et mon couloir. Gentille...

J'arrive enfin à sortir de l'immeuble. Partie pour acheter des oranges et des cigarettes, je décide finalement de partir en exploration. Etrange de se promener dans un quartier qui devrait être le mien et dont je me sens complètement étrangère. Sentiment plaisant. Curieux mais plaisant. Je remonte la rue de Charonne, puis choisis de tourner à gauche, à droite, à gauche... Des petites tours derrière les immeubles du boulevard Voltaire, des rues pavées où j'ai une pensée pour les gamins qui doivent s'en donner à coeur joie avec leur ballon en mousse, des vélos et des plantes un peu partout posés comme on dessinerait des nuages au-dessus d'un radeau (mon sens du drame), des petits restaurants aux saveurs méridionales, jambon de cerrano, patatas fritas, spécialités algériennes, cours de théâtre, cours de musique, cours de yoga, des chinois qui tiennent des boulangeries, rue de la Folie Regnault ce nom m'a toujours fait penser à Rodin et Claudel, des femmes de trente-cinq ans vêtues éthique et bon marché, des magasins bio où l'on entre une fois par curiosité pour ne plus jamais y retourner faut voir les habitués ça file la migraine, les habitants de ce quartier m'amusent, entre le beauf et le fan d'indie. Deux heures plus tard je rentrais avec l'impression d'avoir tourné un vrai chapitre. Je pensais que ça comptait pour du beurre, les cartons les souvenirs tout ça, mais non. Et le plus bizarre, c'est qu'après dix ans tournés, c'est comme si je recommençais tout, ou presque. J'ai 28 ans, et mon petit coeur d'artichaut me laisse entendre que les rides n'atteignent jamais les profondeurs de l'âme. Tout est petit et grand à la fois ici. Je suis un peu comme la petite fille qui fait exprès de perdre sa mère dans un supermarché. Le seul truc, c'est que pour l'instant, aucune dame bienveillante ne m'a amenée à la caisse centrale pour annoncer ma perte et mon prénom. Que des messieurs qui offrent des bonbons. Je ne m'en plains pas, ils étaient bons.

Je ne sais pas trop pourquoi je raconte tout ça, demain je penserai le contraire de la plupart des refrains écrits ci-dessus.

Je suis tombée sur une bande-annonce de film, j'étais complètement passée à côté l'an dernier. Il faut que je le voie, je crois que c'est le genre de guimauve pour gens comme moi. Et s'il y a My good deed de Shearwater dans la bande originale, ça ne peut pas me décevoir entièrement.


Sinon ça va. Je ne comprends pas du tout encore tout bien de mon mécanisme interne mais un jour, peut-être, viendra...